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éphèse




Humeur : « Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi....
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MessageSujet: le monde Ven 13 Jan 2012 - 18:14

Gréco & Biolay, les superbes :

http://www.lemonde.fr/m/article/2012/01/13/greco-biolay-les-superbes_1628694_1575563.html

Gréco & Biolay, les superbes

Elle est une légende, il lui a écrit des chansons. Ils aiment la vie, les mots et la musique. Elle s'apprête à sortir un album, il vient de terminer un film. Rencontre entre deux artistes épris de liberté.

Par Yann Plougastel / Photos Serge Leblon

Madame Gréco aime les mots. Elle les chante aujourd'hui dans un élégant album, Ça se traverse et c'est beau..., à la gloire des ponts de Paris, où elle installe en l'espace d'une poignée de refrains quelques coins de ciel bleu dans notre monde tourmenté. Depuis qu'elle a commencé à chanter dans une France tout juste libérée, Mme Gréco le dit avec une simplicité touchante : "Je suis là pour servir les seigneurs que sont les écrivains et les musiciens. Puisqu'il n'y a plus d'après à Saint-Germain-des-Prés, tout en continuant à célébrer Prévert, Vian, Queneau, Desnos, Aznavour, Gainsbourg, Ferré, Sartre, elle interprète désormais des textes de Philippe Sollers, François Morel, Jean-Claude Carrière, Marie Nimier, Gérard Duguet-Grasser, Amélie Nothomb, nouvelles figures du monde des refrains et des lettres. Tantôt mutine, tantôt dramatique, cette longue dame brune que l'on qualifie, dans les encyclopédies, d'ambassadrice de la chanson française, oscille toujours entre allure canaille et autorité caressante. Elle est comme elle est, Mme Gréco. Sans regrets ni remords. Raymond Queneau l'appelait "la rose noire des préaux de l'école des enfants pas sages". Et Jean-Paul Sartre disait d'elle : "Elle a des millions dans la gorge, des millions de poèmes, qui ne sont pas encore écrits, dont on écrira quelques-uns. On fait des pièces pour certains acteurs, pourquoi ne ferait-on pas des poèmes pour une voix ?" Après avoir publié en 1982 Jujube, une magnifique autobiographie, elle poursuit aujourd'hui l'histoire de sa vie dans Je suis faite comme ça, dont le titre sonne comme le manifeste d'une éternelle amoureuse des beaux jours, de la lumière de la Méditerranée, des corps et des coeurs des hommes. Pour fêter ses quatre-vingt-cinq printemps, elle sera dans son immuable robe noire sur la scène du Châtelet, à Paris, pour chanter comme toujours : Je suis comme je suis.

NOUS AVONS PROPOSÉ À BENJAMIN BIOLAY DE DIALOGUER AVEC JULIETTE GRÉCO, parce qu'il incarne la jeune garde de cette chanson française dont elle a porté les couleurs partout à travers le monde. Ils se connaissent bien puisqu'ils ont travaillé ensemble sur le précédent album de la chanteuse, Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez... Comme s'il s'agissait d'un passage de témoin entre l'interprète des Feuilles mortes et l'auteur-compositeur de La Superbe, refrain emblématique de nos années de crise. Ce jour-là, Paris se préparait à fêter Noël. Benjamin arrivait juste de Buenos Aires, où il venait de tourner dans un film. Juliette avait quitté sa thébaïde de l'Oise. Comme un fils attentionné, un peu intimidé, il était plein de respect pour la femme brune qui, assise à côté de lui dans un profond canapé, le taquinait et lui expliquait en riant que la gent féminine ne pouvait rester insensible à son charme. Chacun but son thé. Benjamin prit des nouvelles de Gérard Jouannest, à la fois mari et pianiste de Juliette depuis près de trente ans, après avoir été le complice de Jacques Brel, un immense musicien à la modestie légendaire. Juliette parla de Philippe Sollers. Et ce furent deux heures d'une conversation piquante, caustique, sensible, élégante, drôle, parfois grave, toujours intelligente, autour du temps qui passe, de la vie qui va, des amours qui trébuchent, des petits malheurs, des grandes tragédies, de ces refrains qui tournent la tête des filles, bref, de ces deux ou trois choses qui préoccupent le monde. A la fin, Juliette ne donna qu'un seul conseil à Benjamin : "Il faut savoir dire non. Et merci."

On a l'impression que l'interprète de Je suis comme je suis et l'auteur-compositeur de La Superbe ont bien des points en commun. Vous avez d'ailleurs travaillé ensemble sur l'album Aimez-vous les uns les autres ou bien disparaissez... en 2004. Qu'est-ce qui vous lie ?

Juliette Gréco. Nous avons effectivement travaillé ensemble et avons fait de la belle ouvrage. L'amour des mots et le respect du public nous ont réunis. Benjamin m'a écrit cinq chansons, dont Déjeuner au soleil. Ensuite, il s'est envolé. Et c'est très bien comme ça, très bien... Pour mon grand bonheur d'interprète, j'ai la chance d'être sollicitée par une génération de nouveaux poètes. Jeunes ou moins jeunes, ils sont surtout modernes, vivants, engagés dans leur monde ; les yeux et les oreilles grands ouverts. Orly Chap, Abd Al Malik, Miossec, Marie Nimier et, bien sûr, Benjamin me sont proches. Benjamin fait une carrière multiple et il n'a pas fini, il commence ! C'est passionnant pour une femme comme moi de voir ce qu'un jeune homme comme lui, déjà extrêmement affirmé et volontaire, fabrique de lui-même. Et puis, vous savez, Benjamin a un grand pouvoir sur la femme, en général...

Benjamin Biolay. Nous ne nous sommes pas revus depuis 2004. Mais je me rappellerai toute ma vie le jour où j'ai rencontré Juliette pour la première fois. C'était le 22 avril 2002, le lendemain du premier tour de l'élection présidentielle, où Jean-Marie Le Pen était arrivé en deuxième position, devant Lionel Jospin. J'avais l'impression que c'était la fin de la pensée, de la politique, de tout. Dans le restaurant où nous avions rendez-vous, je me suis trouvé face à une femme vivante, en pleine forme, qui s'énervait comme moi. Je l'ai pris comme un signe du destin, en pensant : " Tu vois, ce n'est jamais mort. "

J. G. J'étais en pleine forme, moi ? Non...

B. B. Si, si...

J. G. Non. Mais vivante.

B. B. Très vivante. (Rires) Nous n'avions parlé que de cette élection et de la vie, pas du tout de musique.

J. G. Il faut vivre et avancer. Ne jamais rendre les armes. Pourquoi est-ce que, tout à coup, nous n'aurions plus faim ? Moi, j'ai faim tout le temps, tout le temps, tout le temps. Je ne mange pas, mais j'ai faim. Je suis vite rassasiée de nourriture mais, du reste, jamais, même si je vois le temps passer avec, euh... avec terreur, parce qu'il passe vite. Je me battrai jusqu'à mon dernier jour pour le bonheur, contre la terreur, le terrorisme intellectuel, l'indifférence et la privation du seul trésor qu'il nous faille préserver à tout prix : la liberté. Liberté d'exister comme nous le désirons, de penser, de rire, de donner, d'échanger et d'aimer sans contrainte.

La nouvelle génération de chanteurs/chanteuses a-t-elle les mêmes références que vous ?

J. G. J'aime beaucoup Olivia Ruiz. En dehors de Benjamin, il y a Abd Al Malik, un homme de lumière. Il a été délinquant et sait de quoi il parle. Maintenant, il est tourné vers la religion, ce qui ne me dérange pas, car c'est un homme de paix. Il est amoureux de la langue française et il écrit pas mal du tout. Comme il a la peau noire, c'est extrêmement important, extrêmement ! Grâce à lui, tout un jeune public comprend ce que parler veut dire et saisit que la langue française, ce n'est pas si mal que ça...

Vous arrive-t-il de chanter dans une langue étrangère ?

B. B. Lorsque vous chantez à l'étranger, vous réalisez que les gens attendent que le concert soit intégralement en français. J'ai eu l'occasion d'écouter Charles Aznavour à Buenos Aires et j'ai constaté que, lorsqu'il interprétait des morceaux en espagnol, le public était moins touché que lorsqu'il chantait La Bohème en français.

J. G. Ah, je me suis fait critiquer par la presse une fois, au Japon, parce que j'avais enregistré deux chansons en japonais. Qu'est-ce que je n'avais pas fait là ! Quelle déception ! Mais ce fut plutôt réjouissant. Il vaut mieux ne pas essayer, Maurice Chevalier, ça suffit comme ça. (Rires)

B. B. Justement, quand je chante en anglais, cela sonne un peu comme Maurice Chevalier. Les Anglais trouvent ça charmant, moi, je me sens grotesque... C'est comme si Paul McCartney venait faire un concert en français : on le sifflerait tous !

Pour chacun d'entre vous, en dépit des nouvelles technologies et des nouvelles façons d'écouter la musique, il semble que la scène reste le lieu idéal pour la chanson...

J. G. La scène, c'est mon lit... Mon lit et mon pays. Donc, je suis bien, là. Jusqu'à ce qu'ils arrivent... Quand ils arrivent, je suis un peu moins bien, un petit peu moins à l'aise, on va le dire comme ça... Mais, la scène, oui, c'est pour cela que je chante. J'y éprouve de très grands bonheurs. Benjamin, vous avez déjà goûté au silence du public ?

B. B. C'est un plaisir merveilleux que j'ai découvert il y a trois ou quatre ans. Avant, j'étais encore trop impressionné, et ça se mêlait à un sentiment d'imposture.

J. G. On n'a plus les pieds sur terre, en tout cas, on ne sait plus qu'on a les pieds sur terre... Ni un homme ni une femme ne peuvent remplacer ça. Cela ne dure pas longtemps, mais quand on y a goûté, c'est...

B. B. Une addiction ?

J. G. Ah, oui !

Et que se passe-t-il ensuite, le spectacle achevé ?

B. B. L'envie de mourir dans sa chambre d'hôtel ! (Rires) On vit un grand moment de solitude. De tels plaisirs, cela ne peut que coûter cher, très cher.

J. G. Très ! C'est une drogue.

B. B. Donc, passé le grand shoot, il y a la descente...

J. G. Je ne me suis jamais droguée parce que je n'en ai jamais eu besoin, tellement ces moments sont forts. Vous vous dites que, avec le temps, cela n'arrivera plus jamais. Et puis cela surgit, à nouveau. Voilà pourquoi on continue...

En chantant, vous jouez beaucoup avec vos mains.

J. G. François Morel a écrit dans un très joli texte : " Oh Gréco, ça va. Mais ses mains... Ses mains... ". Il en parle comme de deux personnes, accompagnant une troisième. C'est drôle. Mais cette danse des mains m'est indispensable. Lorsque je suis en scène, ça circule partout et ça sort par là (dit-elle en montrant ses doigts). Par là aussi, mais par hasard (en désignant sa bouche). (Rires) Je n'ai pas de corps, moi, ça me sauve quand même pas mal, je suis cachée.

B. B. C'est le minimalisme le plus maximal que j'aie jamais vu.

J. G. Un lapin blanc !

B. B. Je ne le vois pas tout à fait comme ça... (Rires)

Juliette, dans votre livre Je suis faite comme ça, vous comparez la chanson au théâtre...

J. G. Une chanson est une oeuvre théâtrale. Une bonne chanson est une pièce de théâtre qui dure deux minutes et demie, avec un premier acte, un deuxième acte et un troisième acte au minimum ! On peut parfois choisir un texte pour ce qu'il dénonce, ce qu'il défend, mais aussi pour un simple instant de plaisir, la pure beauté de la chose. J'ai enregistré certains poèmes d'Aragon ou d'Eluard, d'autres encore, juste pour ça. Je préfère prendre des textes que j'aime, que je sens, qui me conviennent, et me mettre à leur service. J'aime les beaux mots comme on aime un tableau. J'aime la couleur des mots, leur puissance. Leurs secrets, aussi.

B. B. Je conçois effectivement une chanson comme un petit film ou une pièce...

J. G. Il faut qu'il y ait une construction.

B. B. En voyant Juliette "faire monter la sauce", pour parler trivialement, avec une introduction, un développement - faut-il parler d'actes ou de tableaux ? Peu importe -, je me suis rendu compte de la nécessité d'être acteur de la chanson. Il est très particulier de la voir transformer une chanson. Dans la même chanson, elle peut interpréter une mélodie d'une voix très douce et d'un coup, tonner, parce qu'elle le sent.

J. G. J'ai un sale caractère.

B. B. En plus ! (Rires)

J. G. Ecrire une pièce de théâtre en deux minutes trente ou trois minutes, ce n'est vraiment pas facile, c'est un art. Gainsbourg disait que c'était un art mineur, moi je crois qu'il voulait dire que...

B. B. ... "A part moi, il s'agit d'un art mineur"...

J. G. ... Non... Je pense qu'il voulait dire que, finalement, c'est extrêmement difficile. Etre parolier relève d'un artisanat délicat. Il faut que cela soit court, mais beau !

D'une façon assez surprenante, vous avez été tous les deux victimes de la censure au cours de votre carrière.

J. G. Plein de fois ! Heureusement ! C'est emmerdant pour les auteurs, mais cette reconnaissance-là est assez réjouissante. D'une part, elle prouve la bêtise du censeur. De l'autre, ce qui est beaucoup plus bête, elle suscite une très bonne publicité. En 1957, La Complainte de Raymond Queneau a été censurée parce qu'elle comportait dix-sept fois le mot " con ". L'année suivante, Qu'on est bien de Guy Béart a été jugée trop érotique. Je n'ai jamais pensé qu'il était dangereux de chanter : "Qu'on est bien/ Dans les bras/ D'une personne du genre qu'on n'a pas/ Qu'on est bien dans ces bras-là." En 1967, "Déshabillez-moi, déshabillez-moi/ Oui, mais pas tout de suite, pas trop vite" a été interdite de diffusion pendant plusieurs mois... Je ne renoncerai jamais à chanter ce qui me plaît, ce que j'aime, ce que je crois utile aussi.

B. B. C'est pernicieux, parce qu'on est très fier, quand on est censuré.

J. G. Très ! (Rires)

B. B. Parfois, on me demande de changer un mot... Dans ces cas-là, je refuse. Il ne s'agit pas de chansons cochonnes, même pas grivoises, juste avec une connotation un peu sexuelle... C'est idiot, parce que la chanson ne passe nulle part, mais je me suis dit, lors de l'incident avec Dans la Merco Benz : "Ben voilà, j'ai réussi à les bouger, ces imbéciles." Sans le faire exprès, un mot coince, alors qu'il s'agit simplement d'utiliser un terme un peu dur pour dire quelque chose de très tendre à quelqu'un. Si la personne qui m'aime m'appelle "mon petit connard", je sais très bien que c'est affectueux.

J. G. Tout dépend de l'intonation (Rires). C'est tout le bonheur de l'interprète, ça !

Vous n'hésitez d'ailleurs pas à modifier l'interprétation d'une chanson. L'exemple le plus célèbre reste Ne me quitte pas de Jacques Brel.

J. G. Je n'aime pas l'interprétation de Brel. On dirait un mec qui se traîne, largué comme une merde. C'est parce que j'aime Brel que j'ai voulu montrer que ce n'est pas ce qu'il voulait dire et que cette chanson pouvait se donner autrement. Je préfère ma version. Je la chante à l'envers. Sur le mode : "Tu me quittes, d'accord, mais tu vas voir ce qui va t'arriver."

B. B. Lorsque Juliette la chante sur scène, elle tabasse.

J. G. Les femmes sont plus violentes que les hommes... Jacques était un homme étrange, un peu compliqué, mais pas du tout violent. C'était un inquiet, un spectateur formidable, un homme de son temps, qui passait les êtres et les événements aux ultraviolets, un dessinateur.

B. B. Léo Ferré était plus agressif ?

J. G. Absolument... Ferré, c'était une bête féroce.

B. B. Brassens me semble plus délicat.

J. G. Extraordinairement. C'est fou ! C'était un travailleur de force qui reprenait ses chansons pendant des heures et des heures. Il a tout de suite compris que, si on écrit pour moi en imaginant ce que je suis, on se trompe régulièrement. Donc, il a préféré me permettre d'interpréter ses propres chansons comme L'Auvergnat ou Le Temps passé dont le refrain dit : "Il est toujours joli le temps passé/ Une fois qu'ils ont cassé leur pipe." Ce qui n'est pas vraiment un langage de dame.

Avec le recul, comment voyez-vous vos carrières respectives ?

J. G. On m'aime mieux maintenant. Mais j'ai connu des années très difficiles. Je leur ai fait peur longtemps. Parce que je suis orgueilleuse, que j'ai horreur de faire des singeries pour faire plaisir.

B. B. Maintenant, je suis plus fier de mon parcours. C'est l'avenir, tout ce que je n'ai pas encore fait, qui m'intéresse. Avec le temps qui passe, j'ai acquis plus d'instinct, je me sens moins superficiel. Mais, au départ, il est obligatoire de se sentir fort.

J. G. Cela aide, bien sûr. Mais moi, je n'ai jamais été sûre de rien. Cela m'a permis de progresser, de chercher, toujours et tout le temps. Rencontrer les autres, tous ceux qui m'ont tendu la main, c'est magique. J'ai toujours eu l'impression, à de nombreux moments de ma vie, d'être comme un petit chat en train de crever dans le ruisseau, et de me faire attraper par la peau du cou et mettre sur le trottoir comme ça, de côté, sauvée. Par qui ? Par quoi ? Quelquefois, je me dis que c'est mon grand-père qui me protège. Je me reconnais dans la formule de Brel : "Etre vieux sans être adulte." Si l'idée de la mort ne m'angoisse pas, la mort des autres m'angoisse à mourir.

UN DISQUE, UN LIVRE...

Juliette Gréco sort un nouvel album (Ça se traverse et c'est beau..., 1 CD, Deutsche Grammophon, en vente le 23 janvier), ses Mémoires (Je suis faite comme ça, éditions Flammarion, parution le 7 février) et sera au Théâtre du Châtelet les 6, 7 et 8 février, à 20 h 30 (1, place du Châtelet, Paris-1er. Tél. : 01-40-28-28-40).

Le 5 février, à 20 h 40, Théma Arte lui consacre une soirée Juliette, la Gréco, avec Juliette Gréco, l'insoumise, un documentaire d'Yves Riou et de Philippe Pouchain, et la retransmission d'un récital filmé à l'Olympia en 2004. Quant à Benjamin Biolay, il a sorti un best of, sobrement intitulé Best of, chez Naïve.

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Arnkyl
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 14:30

Cette semaine, BB en couverture de Télérama (entre tatie Hardy, Mamie Greco et quelques cousins) pour illustrer un article sur 60 ans de chansons Françaises.

Quelques passages croustillants par BB :

- Un jour mon meilleur pote me dit : "Viens, on va voir le concert d'un mec qui s'appelle Thomas Fersen." J'ai répondu : "Va crever, t'as vu son nom ?" Et j'ai adoré.

- [...] et Bénabar était déjà une bête de scène, alors que moi, j'étais tout pourri.

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lili
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 14:50

sympathique Smile

merci arn'

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. merci pour le grand huit .
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Flo86
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 20:13

j'ai récupéré le télérama du boulot je le scanne dès que je peux, suis à fond mais mon actu perso est chaude-brûlante
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lili
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 20:22

merci par avance flo

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. merci pour le grand huit .
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Flo86
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MessageSujet: télérama Mer 25 Avr 2012 - 22:57

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Flo86
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 23:04

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Flo86
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 23:09

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Flo86
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 23:12

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Flo86
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 23:14

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Flo86
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 25 Avr 2012 - 23:17

et la couv' Wink

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Louise




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MessageSujet: Re: {actu} les articles Jeu 26 Avr 2012 - 8:55

Un grand merci Flo pour l'article Wink
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melvil75
plus jamais d'horaires



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MessageSujet: Re: {actu} les articles Jeu 26 Avr 2012 - 10:26

Merci Flo
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lebruitdeloeufdur




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MessageSujet: La vie en musique de Benjamin Biolay télérama Sam 28 Avr 2012 - 20:15

http://www.telerama.fr/musique/la-vie-en-musique-de-benjamin-biolay,80731.php



La vie en musique de Benjamin Biolay

ENTRETIEN | A l’occasion du Printemps de Bourges, six chanteurs français emblématiques évoquent leur parcours musical. Aujourd’hui, Benjamin Biolay.

Le 28/04/2012 à 00h00 - Mis à jour le 27/04/2012 à 13h32
Valérie Lehoux - Télérama n° 3250


Les racines
Mon père écoutait du classique toute la journée mais moi, dès le début du collège, j'écoutais d'autres musiques. J'ai très vite aimé Henri Salvador, notre crooner français. Une de mes tantes m'avait offert un disque, quand il signait Henry Cording, avec Va t'faire cuire un œuf, man. Et Trenet, aussi, que j'ai découvert tout petit. Mes parents avaient quelques compilations – genre anthologie de la chanson française que l'on achetait à l'hypermarché du coin. Ce n'était pas de très bonne qualité, mais au milieu, il y avait Charles, que je trouvais magique. Des années plus tard, quand j'ai entendu Catherine Ringer dire qu'elle aimait beaucoup Trenet, j'ai pensé : voilà la matrice, un vieil auteur des années 1940-1950, qui a compris comment écrire en français avec des mots courts.

J'aimais aussi beaucoup les Smiths ou Charlélie Couture. Il voyageait, tentait des choses, essayait de rapper. Ses chansons avaient un début et une fin, et j'adorais ça. Il avait un parti pris arty permanent et ses shows pouvaient être d'une beauté renversante. Chaque fois que j'allais le voir en concert, je me disais : faut que je fasse comme lui, j'adore son job.

Le conservatoire
A 15 ans, j'aurais pu tomber dans l'oisiveté totale. La musique, au contraire, la pratique du violon puis celle du trombone, me faisait travailler, voyager, rencontrer plein de gens. Pour être sincère, j'ai surtout fait le Conservatoire pour obtenir une bourse et voler de mes propres ailes. Quitter Villefranche-sur-Saône et aller vivre à Lyon qui était « la grande ville ». Là-bas, il y avait un orchestre national, la Maison de la Danse... Des lieux qui sollicitaient les meilleurs élèves du Conservatoire pour jouer, et leur donnaient ce qu'on appelle des cachetons. On avait 16-17 ans, et on se retrouvait parfois à gagner 10 000 francs par mois, c'était fou.

Les gens pensent que je suis un peu méprisant vis-à-vis de la chanson, alors que j'ai mené un combat personnel pour qu'il y ait une classe de chanson au Conservatoire supérieur de musique de Lyon ! Ce qui a fini par arriver. Maintenant, ils aident les gens à produire leurs maquettes, ils ont un petit studio... Quand il est parti à la retraite, l'ancien directeur du Conservatoire, un homme très emblématique, a dit : « Je suis fier du parcours de deux élèves : la violoncelliste Anne Gastinel, qui est allée au bout du bout du bout de ce qu'on propose ici ; et Benjamin Biolay, qui a eu son prix mais qui maintenant fait autre chose. Mais c'est de la musique, et il compose. »


Le déclic
Un jour, j'ai accepté un cacheton de trombone pour Nougaro. Lui, il me plaisait à fond, je l'adorais. Au Trianon, à Paris, on a donc joué quatre ou cinq titres, avec Claude. Laurent Boyer animait la soirée. Je lui ai demandé : « Est-ce que je peux vous donner une cassette de démo ? » Il m'a répondu : « Non, je ne vais pas te mentir, je ne l'écouterai pas. En revanche, je viens d'enregistrer un Fréquenstar avec Liane Foly à Lyon, et ses deux producteurs André Manoukian et Philippe Viennet ont monté un petit studio, Les Producteurs, en hommage au film de Mel Brooks, et ils sont prêts à financer des jeunes artistes. Tu y vas de ma part, tu dis que j'ai adoré ta cassette. Même si je ne l'ai pas écoutée, on n'en a rien à foutre, t'as une bonne tête. »

Et là, j'ai pu commencer à avoir un studio un peu quand je voulais en échange de deux ou trois jingles bidon – ils produisaient des pubs. J'ai commencé à être plus sûr de moi, à rencontrer des musiciens. Notamment Hubert Mounier, de L'Affaire Louis Trio. J'ai travaillé sur la réalisation des deux derniers disques du groupe. Un des trois était parti, et Hubert m'a dit : « Vas-y ! » Il m'a confié des responsabilités bien trop grandes pour moi... J'ai appris. Enormément. Dans la souffrance. Mais ma rencontre avec lui a été évidemment essentielle.


L'écriture
J'ai écrit très jeune, à 13-14 ans. J'écrivais des chansons avec mon cousin. Ça m'apportait un monde secret que personne ne connaissait, plus beau que le réel. L'adolescence est une période compliquée de la vie. Mes premières chansons étaient typiques d'un adolescent qui aime bien la poésie, avec déjà une tendance aux gros mots. Casser une jolie phrase avec un truc atroce. A Lyon, je vivais en colocation. Nous étions parfois dix dans l'appartement. Les copines violonistes allaient bosser très tôt le matin, elles avaient besoin de six ou sept heures de gammes par jour. Alors moi, le soir, quand je rentrais, je jouais avec la pédale du piano, je mettais la sourdine et je chantais tout doucement mes chansons en français... Même devant ma petite amie, je n'osais pas chanter. Il m'a fallu des années. Le paroxysme a été ma rencontre avec Keren Ann. Elle me disait : « C'est la première fois que j'entends le français bien sonner » ; et je lui répondais : « C'est parce que je ne chante pas fort. Si je chante fort, tu vas vomir. » C'est une langue difficile. J'ai 39 ans, j'écris depuis que j'ai 14 ans et je commence vaguement à être content.


Le premier album
En fait, je ne voulais pas spécialement chanter. Je voulais faire un disque de producteur-arrangeur à la manière d'un Mitchell Froom avec Suzanne Vega. Je voulais murmurer mes petites histoires et partir dans de grandes envolées de cordes. Je ne voulais même pas ma tête sur la pochette, je voulais une photo de mes pompes ! Quand j'ai décroché la Victoire album révélation, j'étais super content. Pour moi, c'était bien mon album la révélation, pas ma voix. Personne ne pouvait se dire « cette voix-là, les gars, c'est Stevie Wonder ».

La première du métier qui a eu la générosité de me soutenir, c'est Françoise Hardy. En fait, il y en a eu deux : Françoise et... Patrick Bruel. Il est venu me voir après un concert en me disant : « Je ne viens pas là pour t'embêter ou te demander de collaborer, je voulais juste te dire que ton disque, il est mortel, et que ma fiancée et moi on l'écoute en boucle. » C'était dans les loges de l'Olympia, devant des journalistes branchés, morts de rire, qui se disaient « le pauvre, il ne lui arrive que des galères ». Mais j'étais très touché.


Mauvais camarade ?
Dès mon deuxième album, Négatif, on m'a collé l'étiquette « nouvelle chanson » un peu marrante alors que c'était un disque éthéré, folk, pas du tout rigolo. On disait : « Pour ceux qui aiment Bénabar, achetez ça. » Je me disais qu'ils étaient fous... J'ai explosé tout cela, en disant du mal de Bénabar dans les médias, pour qu'on arrête de me ranger dans cette case-là. Mais je me suis très mal exprimé, et Bénabar avait un avantage sur moi : à l'époque, c'était déjà une bête de scène alors que moi, j'étais tout pourri en concert. Au fond c'était un peu la même chose dans les années 1960 : c'était tellement facile de mettre Cloclo et Françoise Hardy sur la même une de magazine alors qu'ils ne faisaient pas du tout la même chose... Et puis Françoise sur scène, c'était un peu comme moi : une planche à pain.

Après, tout est une histoire de goûts et de couleurs. Je n'ai jamais aimé le Big Bazar et je n'ai jamais aimé Bénabar, pourtant Michel Fugain et Bénabar sont de très bons artistes. J'ai toujours été admiratif de ce que faisait Vincent Delerm, en revanche. Et Sanseverino m'intéresse. Il est très sous-estimé alors que c'est un très bon musicien. J'adore sa gouaille.


La superbe
On m'a bêtement comparé à Serge Gainsbourg parce que je n'ai pas beaucoup de voix et que j'ai fait de la musique classique, mais lui est sarcastique, misogyne, il aime les histoires qui finissent très mal. Moi pas du tout ! Je suis romantique, j'aime parler d'amour... Sur La Superbe, j'y suis allé à fond. En général, quand tu fais une chanson, tu vas vouloir toucher soit au cœur, soit aux jambes. Si tu fais une chanson pour danser, tu n'es pas obligé de raconter quelque chose de très profond, peut-être juste une anecdote chouette. Après, quand tu fais vibrer ton propre cœur, tu te rends compte que des gens vont venir te dire merci. Pour La Superbe, au-delà des ventes et des salles pleines (ce que je ne connaissais pas et qui m'a donné des ailes), je retiens surtout cela : ces gens qui sont venus me dire « cette chanson, c'est ma vie. Elle m'a aidé. » Rien ne m'a fait plus plaisir.


Benjamin Biolay en quatre dates

1973 Naissance à Villefranche-sur-Saône
2001 Rose Kennedy, premier album
2009 La Superbe, son plus grand succès, salué par deux Victoires de la musique
2012 Nouvel album à paraître à l'automne
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lili
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Sam 28 Avr 2012 - 20:32

merci
lebruitdeloeufdur a écrit:

Le déclic
Un jour, j'ai accepté un cacheton de trombone pour Nougaro. Lui, il me plaisait à fond, je l'adorais. Au Trianon, à Paris, on a donc joué quatre ou cinq titres, avec Claude. Laurent Boyer animait la soirée. Je lui ai demandé : « Est-ce que je peux vous donner une cassette de démo ? » Il m'a répondu : « Non, je ne vais pas te mentir, je ne l'écouterai pas. En revanche, je viens d'enregistrer un Fréquenstar avec Liane Foly à Lyon, et ses deux producteurs André Manoukian et Philippe Viennet ont monté un petit studio, Les Producteurs, en hommage au film de Mel Brooks, et ils sont prêts à financer des jeunes artistes. Tu y vas de ma part, tu dis que j'ai adoré ta cassette. Même si je ne l'ai pas écoutée, on n'en a rien à foutre, t'as une bonne tête. »

je n'avais jamais entendu cette anecdote, j'aime bien

lebruitdeloeufdur a écrit:
Le premier album
Je ne voulais même pas ma tête sur la pochette, je voulais une photo de mes pompes !

alors pourquoi les avoir laissé changer la sublime pochette pour une tête de bb sur la réédition ???

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éphèse




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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mar 22 Mai 2012 - 19:06

A lire ou à relire : La vie en musique de Benjamin Biolay

source : http://www.telerama.fr/musique/la-vie-en-musique-de-benjamin-biolay,80731.php


La vie en musique de Benjamin Biolay
Entretien | A l’occasion du Printemps de Bourges, six chanteurs français emblématiques évoquent leur parcours musical. Aujourd’hui, Benjamin Biolay.
Le 28/04/2012 à 00h00
Valérie Lehoux - Télérama n° 3250


Les racines
Mon père écoutait du classique toute la journée mais moi, dès le début du collège, j'écoutais d'autres musiques. J'ai très vite aimé Henri Salvador, notre crooner français. Une de mes tantes m'avait offert un disque, quand il signait Henry Cording, avec Va t'faire cuire un œuf, man. Et Trenet, aussi, que j'ai découvert tout petit. Mes parents avaient quelques compilations – genre anthologie de la chanson française que l'on achetait à l'hypermarché du coin. Ce n'était pas de très bonne qualité, mais au milieu, il y avait Charles, que je trouvais magique. Des années plus tard, quand j'ai entendu Catherine Ringer dire qu'elle aimait beaucoup Trenet, j'ai pensé : voilà la matrice, un vieil auteur des années 1940-1950, qui a compris comment écrire en français avec des mots courts.

J'aimais aussi beaucoup les Smiths ou Charlélie Couture. Il voyageait, tentait des choses, essayait de rapper. Ses chansons avaient un début et une fin, et j'adorais ça. Il avait un parti pris arty permanent et ses shows pouvaient être d'une beauté renversante. Chaque fois que j'allais le voir en concert, je me disais : faut que je fasse comme lui, j'adore son job.

Le conservatoire
A 15 ans, j'aurais pu tomber dans l'oisiveté totale. La musique, au contraire, la pratique du violon puis celle du trombone, me faisait travailler, voyager, rencontrer plein de gens. Pour être sincère, j'ai surtout fait le Conservatoire pour obtenir une bourse et voler de mes propres ailes. Quitter Villefranche-sur-Saône et aller vivre à Lyon qui était « la grande ville ». Là-bas, il y avait un orchestre national, la Maison de la Danse... Des lieux qui sollicitaient les meilleurs élèves du Conservatoire pour jouer, et leur donnaient ce qu'on appelle des cachetons. On avait 16-17 ans, et on se retrouvait parfois à gagner 10 000 francs par mois, c'était fou.

Les gens pensent que je suis un peu méprisant vis-à-vis de la chanson, alors que j'ai mené un combat personnel pour qu'il y ait une classe de chanson au Conservatoire supérieur de musique de Lyon ! Ce qui a fini par arriver. Maintenant, ils aident les gens à produire leurs maquettes, ils ont un petit studio... Quand il est parti à la retraite, l'ancien directeur du Conservatoire, un homme très emblématique, a dit : « Je suis fier du parcours de deux élèves : la violoncelliste Anne Gastinel, qui est allée au bout du bout du bout de ce qu'on propose ici ; et Benjamin Biolay, qui a eu son prix mais qui maintenant fait autre chose. Mais c'est de la musique, et il compose. »

Le déclic
Un jour, j'ai accepté un cacheton de trombone pour Nougaro. Lui, il me plaisait à fond, je l'adorais. Au Trianon, à Paris, on a donc joué quatre ou cinq titres, avec Claude. Laurent Boyer animait la soirée. Je lui ai demandé : « Est-ce que je peux vous donner une cassette de démo ? » Il m'a répondu : « Non, je ne vais pas te mentir, je ne l'écouterai pas. En revanche, je viens d'enregistrer un Fréquenstar avec Liane Foly à Lyon, et ses deux producteurs André Manoukian et Philippe Viennet ont monté un petit studio, Les Producteurs, en hommage au film de Mel Brooks, et ils sont prêts à financer des jeunes artistes. Tu y vas de ma part, tu dis que j'ai adoré ta cassette. Même si je ne l'ai pas écoutée, on n'en a rien à foutre, t'as une bonne tête. »

Et là, j'ai pu commencer à avoir un studio un peu quand je voulais en échange de deux ou trois jingles bidon – ils produisaient des pubs. J'ai commencé à être plus sûr de moi, à rencontrer des musiciens. Notamment Hubert Mounier, de L'Affaire Louis Trio. J'ai travaillé sur la réalisation des deux derniers disques du groupe. Un des trois était parti, et Hubert m'a dit : « Vas-y ! » Il m'a confié des responsabilités bien trop grandes pour moi... J'ai appris. Enormément. Dans la souffrance. Mais ma rencontre avec lui a été évidemment essentielle.

L'écriture
J'ai écrit très jeune, à 13-14 ans. J'écrivais des chansons avec mon cousin. Ça m'apportait un monde secret que personne ne connaissait, plus beau que le réel. L'adolescence est une période compliquée de la vie. Mes premières chansons étaient typiques d'un adolescent qui aime bien la poésie, avec déjà une tendance aux gros mots. Casser une jolie phrase avec un truc atroce. A Lyon, je vivais en colocation. Nous étions parfois dix dans l'appartement. Les copines violonistes allaient bosser très tôt le matin, elles avaient besoin de six ou sept heures de gammes par jour. Alors moi, le soir, quand je rentrais, je jouais avec la pédale du piano, je mettais la sourdine et je chantais tout doucement mes chansons en français... Même devant ma petite amie, je n'osais pas chanter. Il m'a fallu des années. Le paroxysme a été ma rencontre avec Keren Ann. Elle me disait : « C'est la première fois que j'entends le français bien sonner » ; et je lui répondais : « C'est parce que je ne chante pas fort. Si je chante fort, tu vas vomir. » C'est une langue difficile. J'ai 39 ans, j'écris depuis que j'ai 14 ans et je commence vaguement à être content.

Le premier album
En fait, je ne voulais pas spécialement chanter. Je voulais faire un disque de producteur-arrangeur à la manière d'un Mitchell Froom avec Suzanne Vega. Je voulais murmurer mes petites histoires et partir dans de grandes envolées de cordes. Je ne voulais même pas ma tête sur la pochette, je voulais une photo de mes pompes ! Quand j'ai décroché la Victoire album révélation, j'étais super content. Pour moi, c'était bien mon album la révélation, pas ma voix. Personne ne pouvait se dire « cette voix-là, les gars, c'est Stevie Wonder ».

La première du métier qui a eu la générosité de me soutenir, c'est Françoise Hardy. En fait, il y en a eu deux : Françoise et... Patrick Bruel. Il est venu me voir après un concert en me disant : « Je ne viens pas là pour t'embêter ou te demander de collaborer, je voulais juste te dire que ton disque, il est mortel, et que ma fiancée et moi on l'écoute en boucle. » C'était dans les loges de l'Olympia, devant des journalistes branchés, morts de rire, qui se disaient « le pauvre, il ne lui arrive que des galères ». Mais j'étais très touché.

Mauvais camarade ?
Dès mon deuxième album, Négatif, on m'a collé l'étiquette « nouvelle chanson » un peu marrante alors que c'était un disque éthéré, folk, pas du tout rigolo. On disait : « Pour ceux qui aiment Bénabar, achetez ça. » Je me disais qu'ils étaient fous... J'ai explosé tout cela, en disant du mal de Bénabar dans les médias, pour qu'on arrête de me ranger dans cette case-là. Mais je me suis très mal exprimé, et Bénabar avait un avantage sur moi : à l'époque, c'était déjà une bête de scène alors que moi, j'étais tout pourri en concert. Au fond c'était un peu la même chose dans les années 1960 : c'était tellement facile de mettre Cloclo et Françoise Hardy sur la même une de magazine alors qu'ils ne faisaient pas du tout la même chose... Et puis Françoise sur scène, c'était un peu comme moi : une planche à pain.

Après, tout est une histoire de goûts et de couleurs. Je n'ai jamais aimé le Big Bazar et je n'ai jamais aimé Bénabar, pourtant Michel Fugain et Bénabar sont de très bons artistes. J'ai toujours été admiratif de ce que faisait Vincent Delerm, en revanche. Et Sanseverino m'intéresse. Il est très sous-estimé alors que c'est un très bon musicien. J'adore sa gouaille.

La superbe
On m'a bêtement comparé à Serge Gainsbourg parce que je n'ai pas beaucoup de voix et que j'ai fait de la musique classique, mais lui est sarcastique, misogyne, il aime les histoires qui finissent très mal. Moi pas du tout ! Je suis romantique, j'aime parler d'amour... Sur La Superbe, j'y suis allé à fond. En général, quand tu fais une chanson, tu vas vouloir toucher soit au cœur, soit aux jambes. Si tu fais une chanson pour danser, tu n'es pas obligé de raconter quelque chose de très profond, peut-être juste une anecdote chouette. Après, quand tu fais vibrer ton propre cœur, tu te rends compte que des gens vont venir te dire merci. Pour La Superbe, au-delà des ventes et des salles pleines (ce que je ne connaissais pas et qui m'a donné des ailes), je retiens surtout cela : ces gens qui sont venus me dire « cette chanson, c'est ma vie. Elle m'a aidé. » Rien ne m'a fait plus plaisir.

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Photo : Laurent Seroussi pour Télérama.
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mar 22 Mai 2012 - 22:38

Amusant et émouvant. Excellente interview. J'aurai préféré cette interview en entier dans le Télérama plutôt que les quelques mots des "six voix qui content".
Merci Ephèse.
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lili
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 23 Mai 2012 - 11:57

oui , elle est presque aussi bien que sur la page précédente cette interview Smile


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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mer 23 Mai 2012 - 22:36

En effet, je n'avais pas vu Laughing
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éphèse




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MessageSujet: Re: {actu} les articles Sam 26 Mai 2012 - 12:03

lili a écrit:
oui , elle est presque aussi bien que sur la page précédente cette interview Smile


Doù l’intérêt de remettre l'interview car personne ne regarde la page précédente à part toi, ma chère lili, normal c'est ton site
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lili
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Dim 27 Mai 2012 - 12:03

je crois que c'est ta pire intervention de non sens depuis ton arrivée

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MessageSujet: Re: {actu} les articles Dim 27 Mai 2012 - 12:09

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Arnkyl
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Dim 27 Mai 2012 - 20:58

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éphèse




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MessageSujet: l'express Mar 29 Mai 2012 - 18:21

Source :
http://www.lexpress.fr/culture/musique/pop-pea-au-theatre-du-chatelet-interview-de-benjamin-biolay_1119868.html

Benjamin Biolay: "Dans Pop'pea, j'incarne le Che de l'amour"

Le chanteur incarne Othon dans l'opéra-vidéo pop Pop'pea d'après Monteverdi au Théâtre du Châtelet, jusqu'au 7 juin. L'occasion de nous parler de son rôle, des films qu'il a tournés et de son nouvel album.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans Pop'pea?

Je dois cette aventure inattendue à Carl Bârat. J'enregistrais mon nouvel album, Vengeance (sortie le 5 novembre) aux studios IPC de Bruxelles, Carl était là et il a voulu me faire écouter une maquette. Entre nous, l'amitié a été immédiate. C'est comme si l'on se connaissait depuis toujours. Il m'a dit: "Ce serait cool que tu nous rejoignes sur Pop'pea" et je suis arrivé super à la bourre, un mois après tout le monde. J'étais content d'être avec mon pote mais quand j'ai découvert que j'avais des scènes en anglais... Cela ne m'était pas arrivé de bachoter autant depuis le Conservatoire de musique.

Alors, vos impressions?

Au départ, chanter et jouer en anglais était une hantise. Si je m'en sors bien, j'aurais passé un cap. Avant, quand on m'envoyait une pièce de théâtre, c'était retour à l'envoyeur. Aujourd'hui, je prendrais le temps de la lire. J'ai plus d'assises.

Parlez-nous de votre personnage, Othon?

Je l'aime bien. C'est le Che de l'amour. Un Che tout en cuir. Othon est allumé par la passion, il n'a aucune conscience politique. C'est un héros culte de la mythologie romaine car il s'est immolé après avoir perdu une bataille. Il est mort à 36 ans, le 26 avril 69.


Un mot sur votre prochain CD, Vengeance, qui sortira le 5 novembre?

J'ai écrit beaucoup de chansons mais ce ne sera pas un double album. La Superbe était un disque de dépit, de constat. Vengeance est plus joyeux, avec des références aux années 1980, au hip hop. Il y aura quelques featurings. L'esprit du disque, c'est "la vie est belle", ce qui dans mon langage signifie romantisme, ballades un peu noires.

Et Benjamin comédien?

J'ai tourné Un jour mes princes viendront, d'Agnès Jaoui, avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri et Agathe Bonitzer. J'y interprète un bad boy. Et j'ai enchaîné avec L'Art de la fugue, de Brice Cauvin, avec Agnès Jaoui, Laurent Lafitte, Nicolas Bedos. Et Mariage à Mendoza, d'Edouard Deluc, au côté de Nicolas Duvauchel et de Philippe Rebbot. L'histoire d'un Français installé en Argentine qui reçoit ses deux cousins. C'est "les frenchy en Argentine" et ça s'annonce hilarant.

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lili
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MessageSujet: Re: {actu} les articles Mar 29 Mai 2012 - 19:47

merci ! je m'en vais de ces doigts baptiser le sujet ad hoc !

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