.
 
AccueilRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez|

Débats / explications/ thèses sur les textes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : Précédent  1 ... 14 ... 25, 26, 27  Suivant
AuteurMessage
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mar 20 Nov 2012 - 14:26

Comme le dit si bien Dexter...

"Sans la noirceur, la lumière n'est rien."

Ce que nous aimons, pour la plupart, chez BB, se trouve condensé sur "Trash Yéyé". Un passager noir mijoté par le diable. C'est, en vérité, ce passager noir qui nous est cher. C'est l'exploration de ces territoires du malheur, de ces fissures que les musiques de BB ont si bien su habiller et habiter. Car le malheur est source de voluptés, de mots, de mélodies souvent enivrantes, portées avec complaisance par l'auditeur.

Le paysage serait-il, à présent, en déficit de noirceur ?

Parmi les différences significatives entre l'avant et l'après, impossible, par exemple, de ne pas établir de lignes de force, de ne pas jeter de ponts entre "Sans viser personne" et "Sous le lac gelé". La nuit... et le jour.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 8 Déc 2012 - 13:08

J'ai choisi d'incorporer les confettis à la thématique de la neige chez Biolay car ils en présentent l'apparence extérieure et partagent également avec elle une autre fonction hautement symbolique. En outre, les confettis ouvrent et ferment l'actuelle discographie.

La neige que l'on attend. La neige qui tombe. La neige, objet de fascination. Elle a pour caractéristique essentielle, comme les confettis, de recouvrir lentement nos repères, ce domaine un peu trop connu qui nous entoure et de l'envelopper d'un manteau qui en noie les formes en les recouvrant mystérieusement. Elle transforme en blancheur immaculée, en clarté stellaire, nos territoires soigneusement entretenus et balisés. Finalement, être amoureux, c'est un peu cela : regarder la neige tomber. C'est sentir se brouiller en nous, lentement, nos certitudes. C'est accueillir, sans mise à distance, avec émerveillement, l'irruption d'une métamorphose.

La mise à distance, c'est bien ce dont souffre ce premier rapport à la chute, qu'elle soit de neige ou d'un autre élément assimilable. Bien loin de l'intime, le spectacle est de l'ordre de la représentation, du mythe télévisuel.

"Sous les confettis
Sois belle et souris" (72 trombones avant la grande parade)

C'est la rareté, ensuite, qui empêche la transformation de s'accomplir.

"Il neige un peu sur les platanes" (Billy Bob a raison)

Et puis, lorsque la neige est enfin tombée, lorsqu'on l'a fêtée longuement, arrive fatalement le moment où sa fonte progressive annonce la fin imminente de l'histoire.

"Je te suivrai plus
Dans la neige écrue" (Douloureux dedans)

On peut alors considérer le prochain spectacle de loin, méditativement.

"La neige tombe sur les dalles" (La Superbe)

Cependant, s'il est une leçon à tirer de tout ce cheminement, c'est bien celle-là : la vie tout entière ressemble à une enfance sans cesse recommencée. L'important, c'est d'être toujours en éveil, toujours en mesure de guetter la trace initiale de l'émerveillement afin d'en épouser la courbe.

"Nos pas se suivent dans la neige" (Ne regrette rien)

Et qu'importe, après tout, si ces bonheurs sont furtifs ! Le temps qu'ils auront duré, ces moments auront constitué cette part si précieuse de nous qui nous accompagnera jusqu'à notre mort. En en égrenant lentement le chapelet, on sera toujours en mesure de les faire revivre, d'accéder au coeur, à la magie de ce qu'ils furent.

"Un confetti,
Deux confettis
Trois confettis
Des confettis" (Confettis)
Revenir en haut Aller en bas
avatar

M. Clown
dans une orgie haut de gamme

http://sylvan-m.e-monsite.com/

Masculin
Age : 48
Humeur : Charlie Hebdieudo!
Localisation : Dans la lumière orange
Nombre de messages : 4117
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 8 Déc 2012 - 16:17

Très très très.... intéressant! L'oeil de lynx de Noguy a encore une fois visé juste
J'ai écrit il y a quelques temps sur l'album Négatif :
"B.B. s’épanche tel un enfant, cherche dans ses nuits blanches des souvenirs qui subsistent, désespérément ; il sait déjà qu’il est inutile de rêver car ça ne reviendra jamais. Négatif est peut-être le testament de l’adolescence rebelle et sans concession voire de l’enfance perdue. Négatif est la fin de l’insouciance, de la fête célébrée avec le Matéo Gallion, la fin d’un rêve, le « royaume perdu » de B.B."
Si en ce qui me concerne - et ce qui diverge avec ton idée d'enfance sans cesse renouvelée dans l'oeuvre de B.B., mais idée qui peut aisément se défendre il est vrai tant son oeuvre est foisonnante et diverse - cette enfance était morte avec Négatif, il est clair qu'avec Vengeance, le bonheur et l'amour sont à nouveau si près que l'on ne peut y voir que le retour de l'enfance. Quand B.B. compte les confettis à la fin du titre (j'aime beaucoup ce très joli titre), n'est-ce pas comme égrainer ces pétales de marguerites, un peu, beaucoup, à la folie... Et retrouver ainsi ses petites amours d'enfance ?

Vivement les congés de fin d'année que je retrouve le temps de m'épancher ici moi aussi...
Bon WE Noguy et à tous les Insu.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Ven 14 Déc 2012 - 11:46

Mobile ou stagnante, l'eau s'est longtemps présentée comme une surface isolante, comme un paysage-état d'âme berceur, englué dans une fascinante léthargie.

"Je regarde la mer / J'ai l'impression d'être né hier" (Les joggers sur la plage)

"Les vagues et les rouleaux"
"La mer, son onde lancinante"
(Un été sur la côte)

"Et tandis que l'eau s'étend / Jusqu'à l'autre bout de l'étang" (Les cerfs-volants)

Elle marquait la distance, la séparation, la ligne de fracture entre soi et le monde, entre soi et l'autre.

"Toute une vie off-shore" (Les joggers sur la plage)

"Au-delà de l'eau d'ici / On dit qu'il y a / Un purgatoire un paradis" (Les insulaires)

"Regard égaré dans un verre d'eau" (Dernier souper au château)

"Comme un Cerbère / Aux abords de la mer" (Qu'est-ce-que ça peut faire)

"Le monde est une impasse / Sans la vue sur la mer" (Miss catastrophe)

"Le soleil est assis / Du mauvais coté de la mer" (La Superbe)

Elle favorisait au plus haut point le travail introspectif, spéculatif, au détriment de la vie vécue.

"Ton reflet dans l'étang" (Ton héritage)

Forme obsessionnellement clôturée, elle cultivait aussi, tout naturellement, un inquiétant penchant mortifère.

"Draguez l'étang" (Dernier souper au château)

"La mer morte" (Mon amour m'a baisé)

"La rivière ou le lac" (L'histoire d'un garçon)

Cependant, "Trash Yéyé" levait, sans y toucher, les premiers lièvres d'une chasse au plus haut point inattendue.

"J'ai traversé les mers" (Cactus concerto)

Une eau jusque-là fermée sur ses secrets commençait à s'ouvrir au monde, aux êtres, à la conquête.

"Si tu aimes la marée basse / Mon enfant, mon enfant" (Ton héritage)

"Revoir la mer et la famille" (Lyon presqu'île)

"Qui pissent le ventre à l'air dans la mer" (Si tu suis mon regard)

"Ton bonheur sur l'hémisphère / Ta résidence secondaire / Et même tes week-end à la mer" (Reviens mon amour)

"Vengeance" ouvre largement et violemment les digues du réveil...

"Le fleuve est en crue / L'archipel, pèle à mort" (Le sommeil attendra)

… enveloppant désormais de courbes sensuelles l'aventure qu'est devenue la vie.

« la tournée des lacs / des bras de mers... » (Ne regrette rien)

"Sans viser personne" instaurait une zone d'étanchéité absolue entre le passé et le présent, notamment par l'image prégnante de la dalle de béton. "Sous le lac gelé" redéfinit les contours de l'âme en établissant cette fois une jonction, en assurant des points de perméabilité entre le moi d'avant et le moi d'aujourd'hui. Le temps, jusque-là jeté aux orties de l'errance, peut alors véritablement trouver son pas. Le futur ne saurait, en effet, s'envisager que dans l'adéquation du présent avec le passé, dans le travail de deuil, dans le tri judicieux des souvenirs, dans la conservation vitale des uns...

"So close to the surface / I still feel the cold of the cracking ice"

… et dans l'oubli nécessaire des autres.

"So close to the surface / Slowly sinking down / Losing the light"
Revenir en haut Aller en bas
avatar

julien
la flamme sacrée et des converses

http://lejournaldunbridgejaune.com/

Masculin
Age : 31
Humeur : Bientot papa :)
Localisation : dans ta bouche
Nombre de messages : 30748
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Ven 14 Déc 2012 - 11:59

Un point de vue qui se défend bien ! Wink


Jazz Méditerranée
Il fait trop froid pour aller nager


-

Un palais un palace
Pour voir le temps qui passe
Je ne suis pas sur la photo
Je suis au bord de l'eau
Être en vie n'est pas assez ni trop

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Flo86
la superbe



Féminin
Age : 49
Humeur : A l'arrière j'avais ma guitare mon laisser-passer et trois tonnes de cafard
Nombre de messages : 4036
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Ven 14 Déc 2012 - 12:16

merci Wink
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 15 Déc 2012 - 11:37



La pluie se présente comme un élément incontournable de l'univers biolayen. Elle est, avant tout, la suprême ordonnatrice...

. de l'ennui

"C'est la saison des pluies / Les paravents sont loin / Et la gouttière fuit / Et décompte sans fin" (La monotonie)

. de la nostalgie

"C'est comme un peu de pluie / En fin d'après-midi / Un tuba, un tubiste / Une chanson triste" (La mélodie du bonheur)

. de l'égarement

"Hors la vie / on marche sous la pluie" (Hors la vie)

"La pluie à contre jour / Le temps des retours / Des grands départs dans l'autre sens / Quelque part je pense" (Novembre toute l'année)

. de l'utopie

"Des lendemains qui chantent / malgré la pluie battante" (Des lendemains qui chantent)

. de l'isolement

"Sur la vitre / la pluie fait des croix" (Ma chair est tendre)

. de la punition un brin imméritée

"Quand la pluie raide les rince" (Woodstock)
"L'ondée qu'on redoute / Nous surprend en chemin"  (Me voilà bien)

. de la douleur amoureuse

"La pluie qui saigne colore / Mes peines de coeur" (Mes peines de coeur)
"Dans la chambre d'amis / je regarde la pluie" (La chambre d'amis)

. de l'introspection

"Si tu aimes les soirs de pluie / Mon enfant, mon enfant" (Ton héritage)

. de l'abandon

"Y a personne dans mon lit / non personne / par ces jours de grand pluie" ( Personne dans mon lit)

Cependant, cette pluie longtemps improductive semble à présent en passe d'être canalisée, apprivoisée.

"Et avalons la pluie" (Le sommeil attendra)

On l'entrevoit comme une sorte de bénédiction tombée du ciel, le signe que l'on peut maintenant affronter sans crainte toutes les turpitudes.

"Aussi longtemps que le pluie voudra tomber sur moi" (La fin de la fin)

Par la richesse de ses arabesques, par l'imaginaire qu'elle lève soudain, l'eau qui tombe devient source d'émerveillement et appel latent à l'action, à la sortie de l'hibernation.

"Quand le ciel pleure / La vie me conviendrait presque / Quand l'eau de pluie fait des fresques" (Trésor Trésor)
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Angela
d'une syllabe ou deux



Féminin
Localisation : De la Seine à la Méditerranée
Nombre de messages : 1124
MessageSujet: Histoire d'eau Sam 15 Déc 2012 - 12:23

Noguy, tu manies avec grand intérêt la boussole et le sextant dans ton exégèse!

Neige, eau, pluie; une histoire d' eau en quelque sorte.
Lui , BB, Je l'ai tout de suite ressenti comme un capitaine, avec une oeuvre parfois sous-marine, qui transpose les éléments aquatiques dans nos propres gouffres mais, cinglant contre averses et marées, balayé par les tempêtes diverses, tente de sortir la tête de(de l'eau?) et rêve peut-être d'atteindre des rivages d'eden. drunken
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 15 Déc 2012 - 14:20

Une histoire d'eau, en effet.

Une eau en mouvement. Une eau changeante. Une eau comme métaphore de la vie et de l'âme humaines. Une eau s'offrant en spectacle. Bref : une eau baroque.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 15 Déc 2012 - 14:49

Lieu privilégié de l'espace intime, la chambre occupe, chez BB, une place assez déroutante, en particulier par le fait qu'elle est ancrée, assez souvent, dans le cadre anonyme, impersonnel, de l'hôtel. Elle traduit, selon les circonstances...

. La nudité et l'éloignement

"Paris, / Un matin de décembre / Je t'écris d'une chambre / Dépourvue de confort / Sans terrasse / Semble-t-il, sans fleurs / Et sans téléviseur" (Chambre 7)

. Le flétrissement

"Maman, voici quelques roses / Pour faner dans ta chambre" (L´histoire d´un garçon)

. L'abandon

"A défaut d'une suite / Seul dans la chambre 8"  (De beaux souvenirs)

. L'utopie

"Ce deux-pièces en ville avec vis à vue" (Chère inconnue)

"Dans une suite à l'hôtel Nikko / Sous les lueurs du logo" (Chaise à Tokyo)

. Le rejet amoureux

"Dans la chambre d'amis / Pour la première nuit / Dans la chambre d'amants / Tu dors seule à présent" (La chambre d'amis)

Elle devient, par sa nature mortifère, un lieu dévolu à l'anéantissement...

"Je détruis les chambres des hôtels, là-haut, là-haut" (Night shop)

"Brûle, brûle, brûle la chambre" (Prenons le large)

La moindre des qualités de "La Superbe" est quand même d'avoir su éclairer la relation amoureuse en l'excentrant de la chambre vers l'espace domestique contigu...

"Des fleurs dans une cuisine, c'est joli" (Brandt rhapsodie)

"La commode noire dans l'entrée" (Brandt rhapsodie)

"J'trouve plus le chéquier, c'est toi qui l'as non / Si oui mets-le en évidence dans le salon" (Brandt rhapsodie)

Cependant, cette furie envers la chambre se poursuit sur "Vengeance"...

"Chambres mises à sac" (Ne regrette rien)

Cette attitude dévastatrice ne traduit-elle pas, en fait, la désespérance dans la quête effrénée de quelque introuvable secret ? Le rapport vénéneux à la chambre s'inscrit forcément dans un rapport à l'instabilité de l'état amoureux. Versatilité des sentiments, lassitude, séductions, tentations diverses d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte, tromperies, mensonges, frustrations, sensations d'abandon.

"Toi mon amour je t'aime / Mais la chambre est d'un froid" (Marlène déconne)

La sagesse consisterait-elle donc, finalement, à accepter comme une évidence libératrice ce qui n'a finalement jamais cessé jusqu'ici de nous hanter comme une fatalité inhérente à notre nature : le caractère instable, mouvant, fuyant, de l'état amoureux ?
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mar 18 Déc 2012 - 20:40

L'espace biolayen semble bien s'articuler entre deux pôles antithétiques : la chambre et la plaine. D'un côté, l'espace du dedans ; de l'autre, celui du dehors. Nous venons de voir que - sauf à accepter avec le recul nécessaire tous les aléas de la vie amoureuse - la chambre se présentait comme un lieu de grande déliquescence. Il faut cependant mettre dans la balance les espoirs fous que l'on a placés au creux de cet espace amoureux, en particulier l'espoir d'une durée qui ne pèserait pas. Dans cette optique, l'espace du dehors offre le plus parfait contraste avec cette aspiration. C'est le monde dans son ensemble, un lieu qui, nous laissant seul, en miroir face à nous-mêmes, nous enferme.

"Dans la plaine / Il y a le temps qui nous enchaîne / A nos douleurs et à nos peines" (L'observatoire)

Ce n'est qu'en dernier recours, lorsque toutes les cartes sont dévoilées, que tous les espoirs sont perdus, qu'on se résout, à contre-coeur, à la rejoindre.

"Ce soir je décide de gagner la plaine" (Dernier souper au château)

Cependant, la plaine peut aussi être observée favorablement par un oeil un brin séducteur. Elle se mue alors en lieu provisoire de conquête.

"Si tu suis mon regard / Tu verras des plaines / Des taxis et gares" (Si tu suis mon regard)

Mais le risque est grand à s'y éterniser car la plaine est avant tout un lieu d'exposition, de danger, de menace. Elle use prématurément les êtres. Le couple qui s'y obstine se condamne irrémédiablement à l'échec.

"Nos pas se suivent dans la plaine / Lorsque trop loin nos corps se plaignent" (Ne regrette rien)

Le constat est sans appel : l'état amoureux et le monde sont inconciliables...

"Des plaines désolées / Quelques tranches de vie" (Ne regrette rien)

… sauf à se considérer non pas un mais multiple, fruit incessant d'incessantes métamorphoses. La sépulture peut aussi bien être une sépulture amoureuse que l'on creuse à deux dès que l'histoire en cours se trouve en voie d'achèvement. En attendant nonchalamment, chacun, d'entamer l'histoire suivante...

"Nos pas se suivront dans la tombe / Viens on s'envole / Vas-y on tombe" (Ne regrette rien)
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mar 18 Déc 2012 - 20:52

Revenons à l'un des passages les plus intéressants de "Vengeance"...

"Un froid qui brûle / Un froid qui détruit" (Ne regrette rien)

L'antithèse "Un froid qui brûle" renvoie au grand motif baroque de l'inconstance et de la souffrance qu'elle entraîne. On peut aussi, de manière assez troublante, rapprocher ce passage du sonnet VIII d'une certaine Louise Labé, poétesse (fictive ou non, selon les thèses) de l'école lyonnaise de la Renaissance, qui décrit ainsi l'état amoureux.

"Je vis, je meurs : je me brûle et me noie,
J'ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m'est et trop molle et trop dure,
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure,
Mon bien s'en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur."

L'amour est dépeint comme un mal inquiétant. Les contradictions et les antithèses traduisent l'inconstance des sentiments, le trouble extrême, la perte des repères, la dépossession du sujet.

L'état amoureux est comparé à "un froid qui détruit" parce qu'il fait vaciller notre raison, nous plongeant dans l'incertitude et l'angoisse.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

macha3010




Féminin
Humeur : Le cœur brisé, le corps endolori
Nombre de messages : 58
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mer 19 Déc 2012 - 8:26

PASSIONNANT ...

Cela fait un moment que je parcours ce forum et que je lis vos messages avec intérêt ; aujourd'hui, en lisant les textes de Noguyinstead, je me lance...

Effectivement, les éléments sont très présent dans l'œuvre de BB : l'eau, la plaine (la terre)... et expriment le plus souvent son désespoir, sa mélancolie. C'est ce que nous aimons, je crois chez lui. Comme le dit si bien Noguyinstead, il sait "explorer les territoires du malheur, les fissures" et les mettre en musique de manière somptueuse.

Le soleil (ou plutôt l'expression de son absence) est souvent présent :

"Le soleil est parti, la neige tombe sur les dalles" (La Superbe)

"Le soleil se cabre"
"Le soleil se sabre" (Ne regrette rien)


Heureusement, il laisse parfois entrevoir une lueur d'espoir :


"la nuit je pense au soleil" (Night Shop)

"Je ferme les yeux et mange un morceau de soleil"
"Sur la grand place éternelle, de Bellecour, gorgée, gorgée de soleil" (Lyon Presqu'île)

"Respire la brise passagère qui s'en vient puis s'en va car le soleil est là" (Le sommeil attendra)

"Il y a du soleil dehors' (Paris 15 août)

"A l'aulne, à l'orée du jour, le soleil sera de retour" (Les cerfs-volants)









Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mer 19 Déc 2012 - 10:19

Merci pour ta participation, macha3010 ! Smile

Le soleil, oui. Dans cet univers, il fait un peu office de sextant, de boussole.

"Le Soleil ou l'Ombre / Je ne sais que choisir" (L'histoire d'un garçon)

Absent, il semble bien désigner le défaut de cap.

Présent, c'est l'étendue, la force de son rayonnement, de sa luminosité (insuffisante, parfois excessive) qui définit, pour une grande part, le caractère bénéfique de son influence.

"Peu de soleil et pas d'espoir" (L'observatoire)

"Je ne suis après tout / Q'une ombre / Qui vit dans votre ombre / Sous le soleil du mois d'août" (Sous le soleil du mois d'août)

"Le soleil rouge / Dans les rideaux" (La pénombre des Pays-Bas)

"Regarder la lumière / Et le soleil en pire" (Regarder la lumière)

"Bien souvent je me suis réveillé avant le lever du soleil, avant de quitter l'hôtel" (Padam)

"Le soleil est assis du mauvais côté de la mer" (La Superbe)
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Melle Céline




Nombre de messages : 6
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mer 19 Déc 2012 - 18:41

Est ce que quelqu'un pourrait m'éclairer sur la phrase de "Profite" : "Mon amour, fais moi la courte" ?
Revenir en haut Aller en bas
avatar

M. Clown
dans une orgie haut de gamme

http://sylvan-m.e-monsite.com/

Masculin
Age : 48
Humeur : Charlie Hebdieudo!
Localisation : Dans la lumière orange
Nombre de messages : 4117
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Mer 19 Déc 2012 - 21:36

Pour moi, c'est : fais moi la courte échelle, un truc de gosse, de chapardeur. Ca colle avec la nouvelle philosophie de B.B. : ne plus attendre, mais profiter et prendre, prendre la vie par tous les bouts, prendre cette garce avec tout ce qu'elle donne (l'amour comme la guerre) ; faire le mur pour voler le bonheur s'il le faut, donc.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

éphèse




Humeur : « Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi....
Nombre de messages : 593
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Jeu 20 Déc 2012 - 12:21

fais moi la courte c'est aussi fais moi la cour.......
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Louise




Féminin
Localisation : Lyon
Nombre de messages : 425
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Jeu 20 Déc 2012 - 16:08

Oui et l'on pourrait comprendre aussi "fais-la moi courte" c'est à dire arrête de parler et profite ...
Revenir en haut Aller en bas
avatar

M. Clown
dans une orgie haut de gamme

http://sylvan-m.e-monsite.com/

Masculin
Age : 48
Humeur : Charlie Hebdieudo!
Localisation : Dans la lumière orange
Nombre de messages : 4117
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Jeu 20 Déc 2012 - 23:46

Je ne crois pas B.B. capable de cette faute de syntaxe, Louise ; il dit des grossièretés mais ne parle pas mal pour autant.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

melvil75
plus jamais d'horaires



Masculin
Nombre de messages : 10317
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Ven 21 Déc 2012 - 0:11

Je suis assez d'accord avec Louise sur ce coup, je pense vraiment qu'il a tourné la phrase dans ce sens là (mais effectivement il dit clairement "fais-moi la courte", ce qui peut vouloir dire la même chose d'ailleurs)
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Louise




Féminin
Localisation : Lyon
Nombre de messages : 425
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Ven 21 Déc 2012 - 16:18

M. Clown a écrit:
Je ne crois pas B.B. capable de cette faute de syntaxe, Louise ; il dit des grossièretés mais ne parle pas mal pour autant.

@ M. Clown
Loin de moi l'idée de la faute de syntaxe bien sûr ! J'imaginais plutôt celle d'un jeu de mots (donc volontaire)

@ Melvil : Merci pour le complément Wink



Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 22 Déc 2012 - 21:37

Fais-moi la courte... échelle apparaît comme l'interprétation la plus addictive de ce passage. L'autre, cependant, basée sur l'inversion d'éléments grammaticaux, n'en est pas moins intéressante. Erreur de syntaxe, si l'on veut... ou choix du phrasé le plus net. Ou volonté délibérée de créer une image à double ressort. Les deux interprétations sont cumulatives. Le refus du bavardage berceur implique la nécessité de se mettre en mouvement, dans l'urgence, chacun à l'affût de ses propres limites.

"Fais-moi la courte" est bien précurseur de....

"Viens on s’envole, vas-y on tombe" (Ne regrette rien)

Les étapes d'une histoire amoureuse aventureuse, pleine, amènent à une lecture nonchalante, un brin distanciée, du basculement qui suit.







Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Dim 23 Déc 2012 - 0:00

Sous l'emblème de la rose, la fleur présente un double aspect antithétique...

"Le pétale ou l'épine" (L'histoire d'un garçon)

L'épine, c'est l'expression d'une relation un peu vénéneuse avec le passé (le révolu, l'éphémère inaccessible, la déliquescence obligée).

"Les roses ont fané" (La palmeraie)
"Un beau jour se fanent / Sans jamais rendre l'âme" (Les roses et les promesses)
"Grand-mère avait des fleurs" (Chaise à Tokyo)
"Maman, voici quelques fleurs pour faner dans ta chambre" (L'histoire d'un garçon)

Le pétale, c'est le présent, le jeu éternel de la séduction...

"Je t'offrirai même des fleurs" (Reviens mon amour)
"Joie de le dire par les fleurs" (Mélancolique)

La fleur parvient à transfigurer l'état amoureux...

"Parce que des fleurs dans une cuisine c'est joli" (Brandt Rhapsodie)

..., et, à l'image de l'amour, elle subit le flétrissement du temps.

"Que t'étais comme une fleur qui fane" (Tout ça me tourmente)

La fleur ne s'épanouit que dans la clarté d'une relation amoureuse qu'elle épouse des débuts jusqu'à son apogée. Au-delà de ce stade, elle ne constitue plus qu'un symbole inutile, qu'une duperie de mauvais goût.

"Je t'écris d'une chambre / Semble-t-il, sans fleurs" (Chambre 7)
"De la quitter de bonne heure / Sans after et sans fleurs" (L'insigne honneur)
Revenir en haut Aller en bas
avatar

noguyinstead


http://biolayanways.blogspot.fr/

Nombre de messages : 439
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Jeu 24 Jan 2013 - 13:11

"Vengeance". Titre curieux lorsque l'on s'en tient à l'impression d'ensemble que laisse cet album. Curieux... si l'on pointe la vengeance comme un défouraillage généralisé. Alors ? Pied de nez aux journalistes, comme BB se plaît à le dire... en semblant botter humoristiquement en touche ? Ou, plus prosaïquement, vengeance sur des dérives, des errances, des utopies traversées stérilement de part en part jusque-là ?

Depuis la première écoute, ce passage me ravit et me trouble...

"Mille chevaux vapeurs, des filles du racing
Un verre bicolore, de sang des vignes"

À y regarder de plus près, il focalise l'essentiel. L'essentiel de notre rapport à la vie vécue. Il dessine une clé possible à l'interprétation de l'album, au tournant pris depuis « La superbe ». Parce qu'être en vie, c'est être pleinement dans l'exercice de nos sens, dans cette aptitude à nous laisser cueillir par le choc, par l'ivresse de l'instant.

"Mille chevaux vapeurs" (ouïe)
"des filles du racing" (vue)
"Un verre bicolore" (toucher)
"de sang des vignes" (odorat, goût)

Être en vie, c'est en revenir sans cesse aux fondamentaux de toujours, à ce mouvement sensuel qui nous tient en éveil, nous ouvre sur le monde alors que l'autre, délétère, nous resserrait sur les territoires mortifères de la désespérance. Cette vengeance-là, qui ne transporte ni odeur de poudre ni trace de sang, est sans nul doute la plus belle de toutes parce qu'on la regagne de plus haute lutte, sans tumulte, sans fracas.

Et puis, ce que j'aime aussi, dans ces quelques mots, c'est cette double image allusive de la grappe... La grappe de filles et la grappe de raisins. Il y a évidemment l'idée de la maturation (du vin, du sentiment amoureux). Il y a le temps qui construit patiemment en nous, pour peu que nous n'en perdions plus le fil, pour peu que nous ne laissions plus s'envoler notre âme d'enfant émerveillé, la clarté souveraine des jours.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

M. Clown
dans une orgie haut de gamme

http://sylvan-m.e-monsite.com/

Masculin
Age : 48
Humeur : Charlie Hebdieudo!
Localisation : Dans la lumière orange
Nombre de messages : 4117
MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes Sam 26 Jan 2013 - 18:56

De la beauté et de la sensualité dans ce très bon cru d'explication de texte, qui m'a d'ailleurs inspiré une suite à mon impression sur le teaser La vengeance est un mets..., car il y a effectivement bien vengeance en ce qui me concerne également et que B.B. se plait à démentir humoristiquement en effet. Je pense aussi que cette vengeance est bien une vengeance sur la vie, une vengeance en forme de sagesse, une vengeance qui résonne dans le silence et l'ignorance voire le mépris pour ce passé qui s'est acharné sur B.B., la vengeance du roseau comme j'ai dû le dire quelque part, une vengeance silencieuse qui laisse ainsi la vie carnassière coite, désarmée, sans ennemi à combattre. C'est la meilleure des vengeances. La vengeance - non patente - est donc à chercher derrière le rose de la pochette, dans le fourreau où se cache l'étui rouge du CD, une vengeance qui pourrait ainsi s'interpréter :

La vengeance est un mets… (suite)

Car pourquoi ignorer
Ce vers délicieux, cet hep-
Tamètre en moi qui sourd
Et tout mon corps laboure ?
Il recèle un serment
Etouffé bien longtemps
Qu’un baiser rose tendre
Avouera, amarante.

Me voyant arborer
Au souper des plus froids
Un sourire carnassier
Vous en resterez coi.
J’aurai salé à souhait
La vengeance, ce mets,
Si fade quand elle nait
Exquise faisandée.

(Dédié au talentueux Noguyinstead)

S.M. – 25.01.13
Revenir en haut Aller en bas


Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Débats / explications/ thèses sur les textes

Revenir en haut Aller en bas

Débats / explications/ thèses sur les textes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» Débats / explications/ thèses sur les textes
» Lieder sur des textes de Heine et Kerner
» Textes de Jazz.
» The Bats - Fear Of God (1991)
» Elvira & The Bats
Page 26 sur 27Aller à la page : Précédent  1 ... 14 ... 25, 26, 27  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
les insulaires ¤ forum non officiel sur benjamin biolay :: benjamin biolay-